Le chlordécone est un pesticide utilisé dans les bananeraies de Martinique et de Guadeloupe de 1972 à 1993. Il pollue encore les sols et une partie des rivières, et la grande majorité des adultes en porte des traces dans le sang. Voici ce que disent l'Anses, Santé publique France, l'ARS et la justice, avec les gestes à retenir pour un séjour de quelques semaines et pour la vie sur place.
Chlordécone en Martinique : quel risque pour un visiteur ou un résident ?
Le chlordécone n'est pas détecté dans l'air. Selon l'Anses, la voie alimentaire reste la principale voie d'exposition des Martiniquais et des Guadeloupéens. Le risque dépend donc de ce que l'on mange, d'où cela vient et pendant combien de temps.
Une femme enceinte ou un séjour long sont de bonnes raisons d'en parler à son médecin. Pour les autres risques sanitaires du séjour, voyez moustiques, dengue et santé en Martinique et la santé au quotidien en Martinique.
Qu'est-ce que le chlordécone et pourquoi a-t-il été utilisé en Martinique ?
Le chlordécone est un insecticide organochloré, absent à l'état naturel. Il servait à lutter contre le charançon du bananier. L'Anses date son usage aux Antilles de 1972 à 1993, et l'Assurance maladie estime à environ 300 tonnes la quantité de substance active épandue sur les bananeraies.
| Repère | Ce que disent les sources |
|---|---|
| 1972-1993 | Utilisation dans les bananeraies de Martinique et de Guadeloupe (Anses). |
| 1979 | Classé cancérogène possible par le Centre international de recherche sur le cancer (rappel du Club des juristes). |
| 1990 | Interdiction en France hexagonale. |
| 1990-1993 | Dérogations pour les Antilles, jusqu'à l'arrêt définitif en 1993. |
| 2021 | Plan chlordécone IV ; cancer de la prostate inscrit au tableau des maladies professionnelles agricoles (décret du 22 décembre 2021). |
| 2023 | Non-lieu dans l'enquête pénale ouverte à Paris en 2008. |
| 2026 | Loi du 12 juin sur la responsabilité de l'État ; Kannari 2 (24 juin) ; arrêt de la chambre de l'instruction (22 juin). |
Contamination des sols, des eaux et des aliments en Martinique
Le chlordécone se fixe sur le sol. L'érosion et les fortes pluies l'entraînent vers les nappes, puis vers les rivières, les embouchures et le milieu marin proche des anciennes bananeraies (ameli). Il persiste très longtemps : selon l'Anses, jusqu'à plusieurs siècles dans certains sols, les estimations allant jusqu'à 600 ans.
Les aliments les plus touchés sont les légumes-racines qui poussent en terre contaminée, certains poissons, les crustacés et mollusques, et les œufs de poules élevées dans des jardins pollués. D'après la direction de l'agriculture (DAAF), environ 14 500 hectares seraient concernés en Martinique, dont 7 000 à 8 000 hectares agricoles, surtout autour des anciennes zones bananières du nord Atlantique. Seule la carte officielle des zones fait foi, voir plus bas.
Quel est le taux de chlordécone en Martinique ? Ce que disent Kannari et Kannari 2
L'étude Kannari, menée par Santé publique France et l'Anses en 2013-2014, a détecté du chlordécone chez plus de 9 Antillais sur 10, dont 89,1 % des adultes martiniquais. Un quart des adultes de Martinique dépassait alors la valeur toxicologique de référence interne établie par l'Anses en 2021.
Kannari 2, publiée par Santé publique France le 24 juin 2026, montre une baisse sans disparition. Le chlordécone est détecté chez 85,5 % des adultes en Martinique (81,3 % en Guadeloupe), et la concentration moyenne y est passée de 0,14 à 0,09 microgramme par litre. Environ un adulte sur six dépasse le seuil de risque, et les pêcheurs et agriculteurs sont plus imprégnés que le reste de la population.
Être détectable ne veut pas dire être malade. Le chlordécone s'élimine lentement : sans nouvelle exposition, sa concentration dans le sang baisse de moitié en 131 jours environ (ameli).
Effets du chlordécone sur la santé : cancer de la prostate, grossesse
Les études chez l'animal et chez l'humain montrent des effets sur le système nerveux, la reproduction, le système hormonal et certains organes. Deux sujets pèsent le plus.
Cancer de la prostate. Entre 2007 et 2014, les Antilles ont compté près de deux fois plus de nouveaux cas que la France hexagonale. L'étude Karuprostate (2013) a conclu à une présomption forte de lien avec l'exposition, et une étude de 2019 a associé le chlordécone à un excès de risque et de récidive après prostatectomie. En 2021, l'Anses a conclu à une relation causale probable avec l'exposition aux pesticides, chlordécone en particulier.
Grossesse et allaitement. Un taux élevé dans le sang est associé à une durée de grossesse plus courte et à un risque accru de prématurité. Le chlordécone passe dans le lait maternel, mais ameli indique que le bénéfice de l'allaitement l'emporte sur ce risque.
Comment savoir si on est contaminé par le chlordécone ?
Par une prise de sang, la chlordéconémie, sur prescription médicale. Elle donne la concentration au moment du prélèvement et traduit une exposition récente. L'Anses insiste : un taux mesurable ne signifie pas que l'on est malade, et son interprétation tient compte de la durée, du niveau et de la source de l'exposition. Un médecin traitant ou le programme JAFA (0803 333 380) peut vous orienter.
Que manger en Martinique : poissons, légumes-racines et œufs
Les recommandations de l'Anses distinguent les circuits formels (supermarchés, marchés, épiceries, agriculteurs et pêcheurs professionnels), plus contrôlés, des circuits informels : autoproduction, dons, achats de bord de route, pêche de loisir. Environ 75 % des personnes interrogées par l'étude ChlorExpo disaient s'approvisionner surtout en circuit formel. En 2026, ChlorExpo désigne les crustacés d'eau douce comme premier contributeur à l'exposition des adultes martiniquais.
Poissons et crustacés

- Limiter à 4 fois par semaine les produits de la pêche issus de circuits courts (pêche de loisir, de subsistance, achat de bord de route).
- Ne pas consommer de produits de la pêche en eau douce provenant des zones d'interdiction fixées par arrêté préfectoral.
- Appliquer ces règles d'abord aux crustacés d'eau douce, premiers contributeurs à l'exposition des adultes en Martinique.
Légumes-racines et tubercules

- Limiter à 2 fois par semaine les racines et tubercules des jardins familiaux situés en zone réputée contaminée (igname, patate douce, dachine, manioc, carotte).
- Les brosser, les éplucher généreusement (environ un demi-centimètre), puis les rincer de nouveau (recommandation reprise par la CGSS).
- Tous les fruits des jardins familiaux peuvent être consommés sans limite.
Œufs et volailles de jardin
Les poules qui grattent un sol pollué pondent des œufs contaminés. Isoler les animaux du sol et leur donner une alimentation non contaminée fait partie des pratiques conseillées, et le programme JAFA analyse les œufs gratuitement.
L'eau du robinet en Martinique contient-elle du chlordécone ?
L'eau distribuée est surveillée par l'ARS à trois niveaux : eau brute, eau traitée en sortie de station et eau au robinet. Pour un pesticide, la limite de qualité est de 0,1 microgramme par litre. Des prises d'eau contaminées ont été fermées, et des traitements, notamment au charbon actif, équipent les autres. Depuis 2023, l'État prend en charge le surcoût de ce traitement (Plan chlordécone IV).
Pour les randonneurs et les baigneurs de rivière : ne buvez pas l'eau des sources et ruisselets de bord de route. L'ARS a établi que celle de la grande majorité d'entre eux n'est pas potable, et l'Anses rappelle que les sources non traitées au charbon actif peuvent contenir du chlordécone. Les résultats du contrôle sanitaire se consultent auprès de l'ARS Martinique.
Cartes des zones contaminées et programme JAFA
Les zones dites réputées contaminées sont cartographiées. Le portail officiel chlordecone-info.fr, cité par l'Assurance maladie, regroupe cartes, conseils et démarches. L'ARS et la préfecture de Martinique publient aussi les arrêtés de zones de pêche interdites. Avant de pêcher en rivière ou en mer près d'un ancien secteur bananier, consultez-les.
Le programme des jardins familiaux (JAFA), piloté par l'ARS, propose des analyses gratuites du sol, des fourrages et des denrées, dont les œufs, avec des conseils personnalisés. Pour demander un rappel, appelez le 0803 333 380 (du lundi au vendredi, de 8 h à 17 h) ou passez par jafamatinik.mq.
Cancer de la prostate et chlordécone : maladie professionnelle et fonds d'indemnisation
Depuis le 22 décembre 2021, le cancer de la prostate lié à une surexposition au chlordécone est inscrit au tableau des maladies professionnelles du régime agricole. Deux conditions : avoir travaillé au moins 10 ans au contact du chlordécone, et moins de 40 ans entre la dernière exposition et le diagnostic.
Le fonds d'indemnisation des victimes de pesticides (FIVP) indemnise les salariés et exploitants agricoles, en activité ou retraités, exposés à titre professionnel, ainsi que les enfants exposés avant la naissance du fait de l'activité d'un parent. Le plan chlordécone IV prévoit un accompagnement aux Antilles pour les démarches. Les résidents exposés hors cadre professionnel ne relèvent pas, à ce jour, du fonds : la loi de 2026 demande un rapport sur ce point (voir ci-dessous). Les démarches passent par la CGSS Martinique ou la caisse agricole selon votre statut.
Chlordécone : non-lieu, appel et loi de 2026 sur la responsabilité de l'État
Une information judiciaire a été ouverte à Paris en 2008, après des plaintes de victimes. Les juges d'instruction ont rendu un non-lieu en janvier 2023, tout en qualifiant l'affaire de scandale sanitaire et d'atteinte à l'environnement. Les obstacles retenus sont techniques : prescription de l'action publique et impossibilité d'établir un lien de causalité certain et direct entre les épandages et des maladies multifactorielles.
Les parties civiles ont fait appel. Après des audiences en septembre 2025, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris a confirmé le non-lieu le 22 juin 2026, selon la presse juridique. Trois avocats de parties civiles envisageaient un pourvoi en cassation : vérifiez l'état de la procédure avant de citer cette information.
Sur le plan politique, la loi n° 2026-491 du 12 juin 2026 reconnaît que l'État a sa part de responsabilité dans les dommages sanitaires, moraux, écologiques et économiques subis par la Martinique et la Guadeloupe. Elle fixe des objectifs de décontamination et d'accompagnement, mais ne crée pas de fonds d'indemnisation : le gouvernement doit remettre sous un an un rapport sur l'extension du fonds des victimes de pesticides à toutes les personnes malades du chlordécone.
Plan chlordécone IV (2021-2027) : budget et actions
Lancé en février 2021 et prolongé jusqu'en 2027, le plan est piloté par le ministère des Outre-mer et, localement, par le préfet. Son budget prévisionnel initial était de 92 millions d'euros, dont plus de 31 millions financés par l'État, pour 47 mesures. Il vise un « zéro chlordécone » dans l'alimentation : analyses gratuites des sols, des fourrages et des eaux, accompagnement des agriculteurs, aide aux pêcheurs, surveillance sanitaire, recherche et indemnisation. La presse rapporte un budget relevé à 130 millions d'euros en 2023.
Pour le reste de votre séjour, voyez aussi les sargasses en Martinique et les plages de Martinique.
Questions fréquentes sur le chlordécone en Martinique
Quels sont les effets de la chlordécone sur la santé ?
L'Anses la décrit comme une substance toxique pour le système nerveux, la reproduction, le système hormonal et certains organes (foie, rein, cœur). En 2021, elle a conclu à une relation causale probable entre l'exposition aux pesticides, chlordécone comprise, et le cancer de la prostate. Chez la femme enceinte, un taux élevé dans le sang est associé à un risque accru de prématurité (ameli).
Comment savoir si on est contaminé par le chlordécone ?
Par une prise de sang appelée chlordéconémie, prescrite par un médecin. Elle mesure la concentration dans le sang à un instant donné. Selon l'Anses, la présence de chlordécone dans le sang ne signifie pas que la personne est malade : elle témoigne d'une exposition. Le programme JAFA propose aussi des informations sur ce dosage (0803 333 380).
Quel est le taux de chlordécone en Martinique ?
L'étude Kannari 2 de Santé publique France (24 juin 2026) a détecté du chlordécone dans le sang de 85,5 % des adultes martiniquais, contre plus de 90 % pour l'ensemble des Antilles en 2013-2014. La moyenne en Martinique est passée de 0,14 à 0,09 microgramme par litre. Les pêcheurs et les agriculteurs présentent des niveaux plus élevés.
L'eau du robinet en Martinique contient-elle du chlordécone ?
L'eau distribuée est soumise au contrôle sanitaire de l'ARS, avec une limite de 0,1 microgramme par litre pour un pesticide. Les prises d'eau touchées ont été fermées ou équipées de traitement. En revanche, l'eau des sources de bord de route n'est pas contrôlée et ne doit pas être bue.
Un touriste risque-t-il quelque chose en Martinique à cause du chlordécone ?
Le chlordécone n'est pas détecté dans l'air et l'exposition passe par l'alimentation, sur la durée. Pour un séjour de quelques semaines, en mangeant dans des restaurants et des marchés contrôlés, l'exposition reste faible : les recommandations officielles visent surtout la consommation régulière de produits de jardins, de pêche de loisir et de bord de route. Une femme enceinte ou un séjour long justifient d'en parler à son médecin.
Le chlordécone a-t-il été condamné en justice ?
Non, pas au pénal. L'enquête ouverte à Paris en 2008 a abouti à un non-lieu en janvier 2023, confirmé en appel le 22 juin 2026 selon la presse spécialisée. Des avocats de parties civiles envisagent un pourvoi en cassation. Parallèlement, la loi du 12 juin 2026 reconnaît une part de responsabilité de l'État, sans créer de fonds d'indemnisation.
