Statues blanches du mémorial Cap 110 face à la mer et au Rocher du Diamant, anse Caffard, Le Diamant

Mémoire de l'esclavage en Martinique : lieux à visiter, Cap 110 et 22 mai

Où se recueillir et comprendre : le mémorial Cap 110, la Savane des Esclaves, les habitations et les lieux de Fort-de-France, avec les tarifs de 2026 et les repères d'histoire.

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Photo : AuroreG, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons

Les lieux de mémoire de l'esclavage en Martinique se visitent surtout dans le sud et au centre de l'île : le mémorial Cap 110 au Diamant, la Savane des Esclaves aux Trois-Îlets, quelques habitations et, à Fort-de-France, la bibliothèque Schœlcher. Chaque lieu a ici son adresse, son accès et son tarif 2026, suivis des dates qui les relient : 1635, 1685, 1848.

Mémorial Cap 110 à l'Anse Caffard (Le Diamant)

Le mémorial Cap 110 (on écrit aussi Anse Cafard) est l'œuvre du sculpteur martiniquais Laurent Valère. Quinze bustes en béton blanc, d'environ 2,50 m, sont disposés en triangle, un rappel du commerce triangulaire, face à la mer. Ils regardent vers le cap 110°, en direction du golfe de Guinée. Le monument a été inauguré le 22 mai 1998, pour le 150e anniversaire de l'abolition, sur commande de la ville du Diamant.

Visages des statues du mémorial Cap 110 de Laurent Valère, anse Caffard, Le Diamant, Martinique
Les bustes du mémorial Cap 110. Photo : Korido, CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons

Le naufrage de 1830 que rappelle le Cap 110

Dans la nuit du 8 au 9 avril 1830, un navire négrier s'est brisé sur les rochers de l'Anse Caffard. La traite était alors interdite et le navire naviguait clandestinement : son nom et sa nationalité n'ont jamais été établis. Environ 300 captifs étaient à bord, 86 ont survécu et 46 corps ont été repêchés et inhumés, selon la Fondation pour la mémoire de l'esclavage. C'est le dernier naufrage de négrier connu de l'histoire de la Martinique. Les statues n'ont pas de chaînes : les personnes mortes là n'ont jamais été esclaves dans l'île.

Visiter le Cap 110 : accès, gratuité, durée

  • Adresse : Anse Caffard, 97223 Le Diamant, sur la route D37 entre Le Diamant et Les Anses-d'Arlet.
  • Tarif et horaires : accès gratuit, en plein air, sans horaire. Un parking est aménagé.
  • Durée : comptez 20 à 45 minutes, selon le temps que vous passez face à la mer.
  • Le 22 mai : la ville du Diamant et l'association AJAC y organisent une cérémonie avec marche aux flambeaux, tambours et lambi.

À l'entrée du bourg du Diamant, une autre œuvre de 1998, le Nègre Marron d'Hector Charpentier, montre un marron brisant son carcan, un lambi à la main. Pour le reste de la commune, plages et randonnées, voir notre guide Diamant et Anses-d'Arlet.

Savane des Esclaves aux Trois-Îlets : tarifs 2026 et durée

La Savane des Esclaves est un parc de 3 hectares, créé par l'entrepreneur martiniquais Gilbert Larose. Il présente un village amérindien, puis la vie des esclaves à travers des cases, un jardin médicinal, une reconstitution de la rue Case-Nègres et la place de l'esclave romain. Il y a un audioguide et des visites guidées. C'est un musée de plein air privé : les cases sont des reconstitutions, pas les bâtiments d'une habitation d'époque.

Case traditionnelle et jardin créole de la Savane des Esclaves, Les Trois-Îlets, Martinique
Une case de la Savane des Esclaves. Photo : Thérèse Gaigé, CC0, Wikimedia Commons
  • Tarifs 2026 : 13 euros pour un adulte, 8 euros de 13 à 20 ans, 5 euros de 3 à 12 ans. Parking gratuit.
  • Horaires : en basse saison (du 7 septembre au 14 octobre en 2026), du lundi au samedi de 9 h à 13 h 30 (dernière admission 12 h) et le dimanche de 9 h à 13 h (dernière admission 11 h 30). Hors basse saison, les horaires sont indiqués sur le site officiel, à consulter avant de partir.
  • Durée : environ 1 h 30 en autonomie. Visitez le matin.
  • Adresse : La Ferme, 97229 Les Trois-Îlets. Téléphone : 05 96 68 33 91.

Les Trois-Îlets se visitent bien dans la même journée avec la plage et la navette de Fort-de-France : voir Les Trois-Îlets et l'Anse Mitan.

Habitations à visiter en Martinique : que montrent-elles de l'esclavage ?

Les habitations, ces grands domaines de canne, de sucre puis de rhum, étaient les lieux où vivaient et travaillaient les esclaves. Toutes ne traitent pas ce passé de la même façon, et plusieurs sont d'abord des visites de rhum.

Domaine de la Pagerie (Trois-Îlets)

Habitation sucrière de plus de 500 hectares, la Pagerie a compté jusqu'à 300 esclaves, 132 au début du XIXe siècle. Elle est aussi le lieu de naissance de Joséphine de Beauharnais, en 1763. Depuis janvier 2021, la scénographie du musée raconte l'histoire des esclaves du domaine, et l'ancienne cuisine accueille une exposition qui leur est consacrée. Le domaine est propriété de la Collectivité territoriale de Martinique. Les tarifs et horaires publiés varient selon les sources (de l'ordre de 4 à 5 euros pour un adulte, fermé le lundi) : confirmez-les auprès du musée avant de venir.

Fonds Saint-Jacques (Sainte-Marie)

Fondé au milieu du XVIIe siècle par les Dominicains, le domaine a connu le père Labat entre 1693 et 1705. Environ 20 esclaves y travaillaient au départ, une centaine de plus à l'époque de Labat, et 574 personnes étaient en esclavage avant 1794. Le lieu est labellisé Centre culturel de rencontre depuis 2001. Ses ouvertures sont irrégulières : appelez le 05 96 69 10 12 avant de vous déplacer.

Château Dubuc (La Trinité, presqu'île de la Caravelle)

Les ruines bâties au début du XVIIIe siècle par Louis Dubuc sont classées monument historique. Entrepôts, appontements et coffres laissent penser qu'on y pratiquait aussi la contrebande et la traite. Un petit musée expose des objets issus des fouilles. D'après le Parc naturel régional, l'entrée est à 8 euros pour un adulte, tous les jours de 9 h à 16 h 30 (2026). Le site est décrit dans notre guide de la Caravelle et Tartane.

Habitation Clément (Le François)

Maison principale de l'habitation Clément, Le François, Martinique
La maison principale de l'habitation Clément. Photo : Deborah Doquin, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons

La maison de maître, les terrasses et les dépendances sont inscrites aux monuments historiques depuis 1996. L'entrée coûte 13 euros pour un adulte (tarif réduit pour les jeunes, gratuit pour les enfants), de 9 h à 18 h 30 tous les jours. La fiche de la Fondation pour la mémoire de l'esclavage ne la présente pas comme un site de mémoire à proprement parler : la visite porte surtout sur le rhum et l'art contemporain. Pour les autres domaines, voir les distilleries de Martinique.

Habitation Céron (Le Prêcheur) et habitation Leyritz (Basse-Pointe)

Céron, au Prêcheur, abritait une sucrerie et un moulin à eau dès 1658 : la canne y a été travaillée par des personnes en esclavage pendant plus de deux siècles. Le lieu est aujourd'hui un domaine agrotouristique avec un jardin remarquable. Leyritz, à Basse-Pointe, fondée en 1712, comptait 336 esclaves en 1791. Son statut de visite actuel n'est pas confirmé : renseignez-vous avant de vous y rendre.

Lieux de mémoire de l'esclavage à Fort-de-France

Bibliothèque Schœlcher

Verrière et colonnes métalliques de la bibliothèque Schœlcher, Fort-de-France, Martinique
Sous la verrière de la bibliothèque Schœlcher. Photo : Aristoi, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons

La bibliothèque porte le nom de Victor Schœlcher, qui lui a légué ses livres et ses partitions. Le bâtiment métallique de Pierre-Henri Picq a été conçu pour l'Exposition universelle de 1889 à Paris, démonté puis remonté à Fort-de-France, où la bibliothèque a ouvert en 1893. Il est classé monument historique depuis 1993. Elle conserve un fonds antillais important. Elle se trouve rue de la Liberté, face à la Savane. Les sites touristiques décrivent une visite libre. Les horaires dépendent de la Collectivité territoriale : vérifiez-les avant de venir.

Musée régional d'histoire et d'ethnographie

Installé dans une maison de 1887 ouverte au public en 1999, le musée possède dans ses combles une salle de bibliothèque d'environ 1 000 ouvrages des XVIIe et XIXe siècles sur l'esclavage. Tarifs et horaires : à confirmer sur place.

La Savane : où est la statue de Joséphine ?

La statue de Joséphine de Beauharnais, en marbre, haute de 5 mètres et signée Vital Gabriel Dubray, a été décapitée en 1991, puis renversée le 26 juillet 2020. Elle n'est plus visible sur son socle. Son buste est conservé à la Pagerie. La contestation vient de la croyance, très répandue en Martinique, que Joséphine a pesé sur le rétablissement de l'esclavage par Bonaparte en 1802. Cette année-là, l'île, occupée par les Anglais depuis 1794, n'avait pas connu l'abolition décrétée par la Convention. Les historiens discutent de son rôle réel. Pour visiter la Savane et le centre-ville, voir Fort-de-France et Schœlcher.

Victor Schœlcher et ses statues

Monument à Victor Schœlcher et son enfant devant l'ancien palais de justice, Fort-de-France, Martinique
Le monument à Victor Schœlcher, Fort-de-France. Photo : Bagolina, CC BY-SA 2.0, Wikimedia Commons

Victor Schœlcher, sous-secrétaire d'État à la Marine et aux Colonies, a présidé la commission qui a préparé le décret du 27 avril 1848. Son nom reste très présent à Fort-de-France. Il est aussi contesté : la commission a organisé l'indemnisation des propriétaires, pas des anciens esclaves, et le rôle des insurgés de 1848 est mis en avant par la mémoire martiniquaise. Selon la Fondation pour la mémoire de l'esclavage, des manifestants ont détruit deux de ses statues le 22 mai 2020.

Rue Case-Nègres et Joseph Zobel : où la voir en Martinique ?

« La Rue Cases-Nègres » est un roman de Joseph Zobel, paru en 1950 chez Présence africaine. José, un enfant de Petit-Morne, à Rivière-Salée, y est élevé par sa grand-mère M'man Tine, dans la rue des cases où vivaient les descendants d'esclaves, dans la Martinique des années 1930. Euzhan Palcy en a tiré un film en 1983, couronné à Venise (Coupe Volpi pour Darling Légitimus) et primé aux César en 1984. On ne visite pas « la » rue du roman. La reconstitution d'une rue Case-Nègres de la Savane des Esclaves aux Trois-Îlets est le meilleur point de contact avec ce décor.

Lieux de mémoire de l'esclavage : commune, tarifs et horaires 2026

LieuCommuneTarif adulteHoraires
Mémorial Cap 110Le DiamantGratuitAccès libre, plein air
Savane des EsclavesTrois-Îlets13 €Basse saison : 9 h-13 h 30 (lun.-sam.)
Habitation ClémentLe François13 €9 h-18 h 30, tous les jours
Château DubucLa Trinité8 €9 h-16 h 30, tous les jours
Domaine de la PagerieTrois-ÎletsÀ confirmerFermé le lundi
Fonds Saint-JacquesSainte-MarieÀ confirmerOuvertures irrégulières, 05 96 69 10 12
Bibliothèque SchœlcherFort-de-FranceVisite libreÀ confirmer (CTM)

Sources : sites officiels de la Savane des Esclaves et de la Fondation Clément, Parc naturel régional (Dubuc) et Fondation pour la mémoire de l'esclavage, consultés le 6 octobre 2026. Les tarifs changent : vérifiez avant de partir.

22 mai 1848 : pourquoi la Martinique commémore l'abolition à cette date

Le décret d'abolition, préparé sous l'autorité de Victor Schœlcher, date du 27 avril 1848. Il prévoyait un délai de deux mois pour son application dans chaque colonie. En Martinique, la tension monte avant son arrivée. Le 20 mai, un esclave nommé Romain est arrêté à Saint-Pierre pour avoir joué du tambour. Le 22 mai, une insurrection éclate dans la ville et le gouverneur Claude Rostoland proclame l'abolition de l'esclavage en Martinique, un jour avant l'arrivée du décret officiel. En Guadeloupe, la proclamation date du 27 mai.

Le 22 mai est férié en Martinique, en vertu d'une loi de 1983. Il se commémore notamment au Cap 110, au Diamant, mais aussi dans toutes les communes. Un enjeu mémoriel est de reconnaître le rôle des esclaves eux-mêmes, aux côtés de l'action politique de Schœlcher. Pour l'histoire de la ville de Saint-Pierre, voir Saint-Pierre 1902.

Code noir et chronologie de l'esclavage en Martinique

  • 1635 : début de la colonisation française de la Martinique, avec Pierre Belain d'Esnambuc.
  • Mars 1685 : édit de Louis XIV, dit « Code noir », qui fixe la condition des esclaves dans les colonies françaises. Il est enregistré au Conseil souverain de la Martinique en août de la même année.
  • 1794 et 1802 : abolition par la Convention, puis rétablissement par Bonaparte. La Martinique, alors occupée par les Anglais (1794-1802), n'a pas appliqué la première.
  • 27 avril 1848 : décret d'abolition. 22 mai 1848 : proclamation en Martinique. Environ 74 000 personnes sont libérées dans l'île (74 447 selon les registres d'indemnisation).
  • 1849 : la loi du 30 avril accorde une indemnité aux propriétaires. Les anciens esclaves ne reçoivent rien.
  • 21 mai 2001 : la loi Taubira reconnaît la traite et l'esclavage comme crimes contre l'humanité.
  • 28 mai 2026 : l'Assemblée nationale adopte à l'unanimité l'abrogation du Code noir. Le texte a été transmis au Sénat, dont le site indique où en est son examen.

Questions fréquentes sur la mémoire de l'esclavage en Martinique

C'est quoi le Cap 110 en Martinique ?

Le Cap 110 est un mémorial installé à l'Anse Caffard, au Diamant. Il se compose de quinze bustes blancs de Laurent Valère, tournés vers le cap 110°, en direction du golfe de Guinée. Il rappelle le naufrage d'un navire négrier clandestin dans la nuit du 8 au 9 avril 1830. L'accès est libre et gratuit.

Où se trouve le mémorial des esclaves en Martinique ?

Le mémorial le plus connu est le Cap 110, à l'Anse Caffard (Le Diamant), sur la route entre Le Diamant et Les Anses-d'Arlet. À l'entrée du bourg du Diamant, un bronze d'Hector Charpentier, le Nègre Marron, date de la même année 1998.

Où se trouve le village des esclaves en Martinique ?

La Savane des Esclaves, aux Trois-Îlets, reconstitue un village d'esclaves et un village amérindien. C'est un musée de plein air privé, une reconstitution et non un site d'habitation d'origine.

Combien de temps faut-il pour visiter la Savane des Esclaves ?

Le site officiel annonce environ 1 h 30 de visite en autonomie. Le tarif 2026 est de 13 euros pour un adulte. En basse saison, le site ferme tôt dans l'après-midi : arrivez le matin.

L'esclavage a-t-il été pratiqué en Martinique ?

Oui, pendant plus de deux siècles. Colonisée par la France à partir de 1635, la Martinique a reposé sur le travail forcé de personnes déportées d'Afrique. Le Code noir de 1685 encadrait leur condition. L'abolition définitive est intervenue en mai 1848 : environ 74 000 personnes ont été libérées dans l'île.

Pourquoi le 22 mai est-il férié en Martinique ?

Le 22 mai 1848, une insurrection a éclaté à Saint-Pierre et le gouverneur a proclamé l'abolition de l'esclavage dans la colonie, avant l'arrivée du décret du 27 avril. Le 22 mai est la date de commémoration en Martinique (le 27 mai en Guadeloupe).

Pourquoi la statue de Joséphine a-t-elle été renversée ?

La statue de la Savane, à Fort-de-France, était contestée parce que beaucoup de Martiniquais associent Joséphine de Beauharnais au rétablissement de l'esclavage en 1802. Elle avait été décapitée en 1991 et a été renversée le 26 juillet 2020. Elle n'est plus visible sur son socle.