La montagne Pelée dominant la rade et la ville de Saint-Pierre, en Martinique, au soleil couchant

Éruption de la Montagne Pelée en 1902 : chronologie, bilan, survivants et ruines de Saint-Pierre

Le 8 mai 1902, une nuée ardente détruit Saint-Pierre en deux minutes. Le récit, les chiffres, et ce que l'on peut voir sur place aujourd'hui.

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Photo : Ze Moudong, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons

Que s'est-il passé à Saint-Pierre le 8 mai 1902 ?

Le jeudi 8 mai 1902, jour de l'Ascension, à 7 h 52, une nuée ardente venue de la Montagne Pelée dévale vers Saint-Pierre et détruit la ville en moins de deux minutes. Les sources donnent entre 28 000 et 30 000 morts. C'est la catastrophe la plus meurtrière du XXe siècle en France, et l'éruption volcanique la plus meurtrière depuis celle du Krakatoa en 1883.

Pour la visite pratique (accès, plages, distilleries), voyez notre guide de Saint-Pierre et Le Carbet.

Saint-Pierre en ruines après l'éruption de la montagne Pelée en 1902, vue sur la baie et la ville détruite
Saint-Pierre après l'éruption. Photographie d'époque (Joseph Le Grand), domaine public, Wikimedia Commons.

Saint-Pierre avant 1902 : le « petit Paris des Antilles »

Jusqu'en 1692, Saint-Pierre était le chef-lieu de la colonie. Le siège de l'administration passe ensuite à Fort-Royal, l'actuelle Fort-de-France, mais Saint-Pierre reste la capitale économique et culturelle de la Martinique. Étirée sur environ 3 km le long de la rade, sur une bande de 400 m de large, elle compte une cathédrale, un théâtre, un lycée, un hôpital, une prison, une chambre de commerce, des consulats et un journal, Les Colonies. On la surnomme le « petit Paris des Antilles ».

Sa population avant l'éruption est estimée à environ 26 000 à 28 000 habitants selon les sources, sans compter les réfugiés venus des campagnes du nord dans les jours précédents.

Chronologie de l'éruption de la Montagne Pelée en 1902

L'éruption ne commence pas le 8 mai. Elle s'inscrit dans une période d'activité qui court de 1889 à 1905, avec deux paroxysmes en 1902, le 8 mai et le 30 août. Deux paroxysmes, donc, mais tout commence à la fin d'avril.

DateCe qui se passe
22 avrilRupture du câble télégraphique vers la Guadeloupe.
23 avrilDébut de la phase phréatique : séismes, grondements, premières cendres sur Saint-Pierre.
27 avrilL'étang Sec se remplit d'eau bouillonnante, odeur de soufre. Premier tour des élections législatives.
30 avrilLahars dans les ravines Roxelane et des Pères.
2 maiDébut de la phase magmatique : détonations, couche de cendres sur le nord de l'île.
3 maiLe gouverneur Louis Mouttet inspecte les lieux. Une commission scientifique est nommée, sans spécialiste des volcans.
5 maiUn lahar ensevelit l'usine Guérin, sur la rivière Blanche, sous plus de 6 m de boue : plusieurs dizaines de morts (23 selon Wikipédia, 36 selon EPOS-France). Invasion de fourmis, de scolopendres et de serpents fer-de-lance fuyant les pentes.
6 maiPlus d'électricité. La troupe refoule les départs vers Fort-de-France. Le dôme de lave se forme.
7 maiLa commission rend un rapport rassurant : pas plus grave qu'en 1851. Les navires reçoivent l'interdiction d'appareiller. L'Orsolina, du capitaine Ferrata, part malgré tout et échappe à la catastrophe. Le même jour, la Soufrière de Saint-Vincent fait environ 2 000 morts.
Nuit du 7 au 8 maiLahars au Prêcheur : environ 400 morts, une information qui ne parvient pas à Saint-Pierre.
8 mai, 7 h 52Nuée ardente : Saint-Pierre est détruite.
11 maiCyparis est extrait vivant de son cachot. Le second tour des élections devait avoir lieu ce jour-là.
20 maiUne nouvelle nuée, plus violente, achève les destructions.
30 aoûtUne nuée frappe le sud et l'est du volcan : environ 1 400 morts, dont au moins 800 au Morne-Rouge.

Pourquoi la ville n'a-t-elle pas été évacuée ?

Les historiens relient souvent l'absence d'évacuation au calendrier électoral : le second tour des législatives était fixé au 11 mai, et le gouverneur Mouttet aurait refusé de vider la ville avant ce scrutin (c'est la lecture que retient l'Encyclopédie d'histoire numérique de l'Europe, EHNE). Cette analyse reste débattue. La commission scientifique chargée d'évaluer le danger ne comptait aucun volcanologue et s'est appuyée sur le précédent de 1851, une éruption sans nuée ardente, pour conclure que le danger était limité.

Le 8 mai 1902 à 7 h 52 : la nuée ardente qui a détruit Saint-Pierre

Une nuée ardente est un mélange de gaz, de cendres et de blocs, porté à plusieurs centaines de degrés, qui dévale les pentes d'un volcan au ras du sol. Celle du 8 mai atteint Saint-Pierre à plus de 500 km/h, à une température proche de 1 000 °C selon les estimations, et couvre une zone de plus de 40 km². La ville est détruite en moins de deux minutes. Les navires de la rade s'embrasent.

Nuée ardente de la montagne Pelée en 1902, photographiée depuis la mer
Nuée ardente de la Pelée en 1902. Photographie d'époque (Alfred Lacroix), domaine public, Wikimedia Commons.

Le premier secours arrive en début d'après-midi : le Suchet entre en rade vers 12 h 30 mais ne peut accoster avant 15 h à cause de la chaleur. Il recueille les marins survivants du Roraima et quelques rescapés.

Combien de morts à Saint-Pierre en 1902 ?

Le bilan se situe entre 28 000 et 30 000 morts. L'EHNE et EPOS-France parlent de plus de 28 000 victimes, l'article de Wikipédia sur l'éruption retient 30 000, et la page de Wikipédia sur la Montagne Pelée environ 29 000. Un chiffre inférieur, environ 26 000, correspond à la seule population de la ville : la fourchette tient au périmètre retenu et à l'afflux de réfugiés dans les jours précédents.

Le gouverneur Louis Mouttet et son épouse comptent parmi les victimes. Environ 22 000 sinistrés des communes voisines se réfugient à Fort-de-France. Un comité de secours est créé le 13 mai et collecte près de 10 millions de francs-or. Pour retrouver une personne ou une famille, la Fondation Clément tient une base nominative des victimes sur stpierre1902.org.

Qui a survécu à l'éruption de 1902 ?

On lit parfois que Saint-Pierre n'a eu que deux ou trois survivants. C'est une légende. Seuls deux hommes ont été retrouvés vivants sous les décombres de la ville, mais une trentaine de personnes ont été ramenées par le Suchet le soir même, et une vingtaine d'autres, marins et passagers, ont survécu en rade.

Louis-Auguste Cyparis, le prisonnier du cachot

Louis-Auguste Cyparis (aussi appelé Ludger Sylbaris dans certaines sources) avait 27 ans. Détenu pour une rixe, il se trouvait dans un cachot aux murs épais, ouvert du côté opposé au volcan. Brûlé, il est extrait vivant le 11 mai, trois jours après l'éruption. Gracié, il a ensuite été exhibé par le cirque Barnum & Bailey comme « le survivant de Saint-Pierre ».

Le cachot voûté de la prison en ruine de Saint-Pierre, dit cachot de Cyparis, en Martinique
Le cachot de Cyparis, dans les ruines de la prison. Photo : Thérèse Gaigé, CC0, Wikimedia Commons.

Léon Compère, dit Léandre, et les autres rescapés

Léon Compère, dit Léandre, cordonnier, vivait en bordure de la zone dévastée, protégé en partie par le morne Abel. Les récits divergent sur les détails de son abri, mais il fait partie des deux seuls rescapés retrouvés dans la ville. On peut y ajouter Havivra Da Ifrile, une fillette qui avait trouvé refuge dans une grotte marine, accessible en barque, et que le Suchet a recueillie plusieurs jours plus tard.

Les navires coulés en rade de Saint-Pierre et les épaves

Le rapport de 1904 dénombre au minimum 386 navires et embarcations français, avec environ 500 hommes d'équipage et 33 passagers, ainsi qu'au moins 8 navires étrangers perdus ou détruits. Le Roddam, un vapeur britannique du capitaine Edward Freeman, a appareillé à la vue de la nuée : il est le seul navire à avoir quitté la rade pendant la catastrophe, et il rejoint Sainte-Lucie presque calciné, avec deux survivants à bord. L'Orsolina, lui, était parti la veille malgré l'interdiction.

Le Roraima, un paquebot de la ligne de New York, comptait 68 personnes à bord. Onze ont survécu, mais pas le capitaine George Muggah. Il repose aujourd'hui par 40 à 45 m de fond, à environ 300 m du rivage.

Plongée sur l'épave du Roraima, navire détruit en 1902, dans la rade de Saint-Pierre
L'épave du Roraima, hublot et canon concrétionnés. Photo : Marc Verstraete, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons.

Onze épaves sont identifiées dans la rade, dont une seule, le Tamaya (environ 78 à 85 m de fond), relève de la plongée technique et reste hors de la plongée loisir. Les autres vont de l'Amélie, à 12 m, aux épaves du Roraima ou de la Clémentina, entre 40 et 50 m, selon les sources. La protection du site a été décidée par la ville et l'État en 2012. Pour choisir un club et connaître les niveaux requis, lisez notre section sur les épaves de Saint-Pierre à la plongée.

Conséquences de l'éruption de 1902 : Fort-de-France, exode et reconstruction

Le siège administratif était déjà à Fort-de-France. Après 1902, la ville devient aussi le centre économique de l'île, et Saint-Pierre est réduite à un gros village. Beaucoup de rescapés quittent la Martinique pour la Guadeloupe, Sainte-Lucie, la Trinité, la Guyane, le Panama ou le Venezuela. Le 20 mai, une nouvelle nuée détruit ce qui restait, et le 30 août le Morne-Rouge perd au moins 800 habitants.

Saint-Pierre redevient une commune en 1923 et obtient le label Ville d'art et d'histoire en 1990. En 2023, l'Insee y compte 3 961 habitants, contre 6 559 en 1968.

Alfred Lacroix et la naissance de la volcanologie moderne

L'éruption de 1902 a donné son nom au type d'éruption dit « péléen », caractérisé par les nuées ardentes. Le croiseur américain Dixie amène sur place les volcanologues Angelo Heilprin, Edmund Otis Hovey et Thomas Jaggar dès le 21 mai. Le Français Alfred Lacroix arrive le 23 juin, étudie les nuées jusqu'en mars 1903 et en tire un ouvrage de référence, La Montagne Pelée et ses éruptions.

L'Observatoire volcanologique et sismologique de Martinique (OVSM-IPGP) surveille le volcan depuis 1903. Frank Perret, venu étudier la reprise d'activité de 1929 à 1932, a fondé un poste d'observation au Morne des Cadets, au Fond-Saint-Denis.

La Montagne Pelée est-elle encore dangereuse aujourd'hui ?

La Pelée culmine à 1 396 m. Sa dernière période éruptive date de 1929-1932, sans victime : la population du nord avait été évacuée. Les fumerolles se sont éteintes vers 1970. Le volcan est inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 2023 (volcans et forêts de la Montagne Pelée et des pitons du nord de la Martinique). On peut y monter à pied en une demi-journée : sentiers, météo et niveau de vigilance sont dans notre guide de la Montagne Pelée.

Visiter Saint-Pierre aujourd'hui : ruines, cachot de Cyparis et Mémorial

Saint-Pierre se visite à pied. Les vestiges sont répartis dans la ville moderne, entre les maisons reconstruites.

Les ruines du théâtre et le cachot de Cyparis

Les ruines du théâtre, avec son escalier à double volée, sont le vestige le plus connu. La prison en ruine abrite le cachot de Cyparis, dans une cour. On voit aussi l'église du Fort, l'asile Bethléem et la rue Levassor, dégagée de ses 3 m de cendres.

Escalier à double volée et fontaine des ruines du théâtre de Saint-Pierre, en Martinique
Les ruines du théâtre de Saint-Pierre. Photo : Otto Von Viani, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons.

Mémorial de la catastrophe de 1902 (musée Frank-A.-Perret) : horaires et tarifs

Le Mémorial de la catastrophe de 1902, musée Frank-A.-Perret, présente des objets déformés par la chaleur, dont un bourdon de la cathédrale, des photographies d'époque et des documents. Il est ouvert tous les jours de 9 h à 18 h. L'entrée coûte 8 euros pour un adulte et 6 euros pour les 7-17 ans, relevés sur le site de l'office de tourisme de la Martinique le 6 octobre 2026. La Fondation Clément gère le lieu depuis décembre 2018. Vérifiez les tarifs avant de venir : ils peuvent évoluer.

Nous n'avons pas pu confirmer les horaires et tarifs du cachot, des ruines et du Centre de découverte des sciences de la Terre : demandez-les à l'office de tourisme ou à la mairie.

Visites guidées à Saint-Pierre à réserver

Une excursion gourmande associe visite de Saint-Pierre, dégustations et baignade en cascade. Une journée guidée au départ du Carbet explore le nord de l'île, côté volcan.

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Questions fréquentes sur l'éruption de 1902 et Saint-Pierre

Que s'est-il passé lors de l'éruption de la Montagne Pelée en 1902 ?

Le jeudi 8 mai 1902, à 7 h 52, une nuée ardente descendue de la Montagne Pelée a détruit Saint-Pierre en moins de deux minutes. Les sources donnent entre 28 000 et 30 000 morts. Les signes précurseurs duraient depuis la fin avril et la ville n'avait pas été évacuée.

Qui était le survivant de l'éruption de la Montagne Pelée en 1902 ?

Le plus connu est Louis-Auguste Cyparis, un prisonnier protégé par les murs épais de son cachot, extrait vivant le 11 mai. Il n'est pas le seul : le cordonnier Léon Compère, dit Léandre, a lui aussi survécu en bordure de la zone détruite, et quelques dizaines de personnes ont été recueillies en mer ou sur les marges de la ville.

Combien de personnes sont mortes à Saint-Pierre en 1902 ?

Les sources les plus souvent citées donnent entre 28 000 et 30 000 morts, selon que l'on compte uniquement la ville ou aussi les habitants des environs et les réfugiés. Un chiffre plus bas, autour de 26 000, correspond à la seule population de la ville avant l'éruption.

Peut-on visiter les ruines de Saint-Pierre ?

Oui. Les ruines du théâtre, le cachot de Cyparis et les vestiges de la prison se visitent dans la ville. Le Mémorial de la catastrophe de 1902 (musée Frank-A.-Perret) est ouvert tous les jours de 9 h à 18 h, avec une entrée à 8 euros pour un adulte (tarif relevé en octobre 2026).

La Montagne Pelée peut-elle entrer de nouveau en éruption ?

Oui, c'est un volcan actif, surveillé en continu par l'OVSM-IPGP. Sa dernière période éruptive date de 1929-1932. Le niveau de vigilance en vigueur change selon l'activité : il se consulte auprès de l'observatoire, joignable au 05 96 78 41 41.

Quel est le volcan le plus dangereux des Antilles ?

Il n'existe pas de classement officiel. La Pelée est la plus meurtrière de l'histoire récente des Antilles, avec l'éruption de 1902. La Soufrière de Saint-Vincent a fait environ 2 000 morts la veille, le 7 mai 1902, et les observatoires de l'IPGP surveillent aussi la Soufrière de Guadeloupe et la Pelée.